Matière

Cultures et Alentours

Lorsque j’ai découvert le yoga, il s’est installé dans ma vie d’abord par « tranches horaires ». Une, deux, trois fois par semaines, de 20h à 21h30, c’était un temps pour moi. Dans mon quotidien bien rempli, entre travail, sport, amis et sorties nature, j’ai apprécié ces bulles de respiration. Et puis je me suis vraiment engagée dans le yoga, sentant comme cette connexion à l’instant présent était vitale pour moi, pour nous tous.

Aujourd’hui dans la rue, mes yeux se posent sur les unes des magazines. Tous posent ces mêmes questions : comment ralentir, prendre du temps pour soi, prendre le temps de vivre ? Tous tentent d’y répondre, en incriminant nos manières de vivre, le travail, la famille, la vie urbaine. Certes, nos vies sont plus abstraites peut-être, qu’il y a quelques centaines d’années, quand nous échangeons par mail et organisons nos vacances en quelques clics. Mais chaque époque a eu sa dose de stress et sa manière de vivre inappropriée pour vivre l’instant présent. L’abstraction est avant tout dans notre esprit et l’a toujours été.

Pour nous connecter au temps présent, connectons-nous à la matière. Celle qui se trouve dans le même espace-temps que nous.

Sur mon tapis de yoga, je suis présente parce que je suis connectée à la matière, à mes muscles, à mes os, à mes organes, jusqu’au souffle qui traverse mon corps.

Je pose ma main sur un morceau de bois ou effleure la feuille d’un arbre du bout des doigts. Je respire jusque dans mes pieds, sentant cet espace intérieur, infini.

La matière porte les traces du temps qui s’est écoulé. Comme une pierre façonnée par le vent et l’eau. L’instant présent, c’est la forme de cette pierre, sa rondeur, sa douceur, cette rugosité presque coupante, d’un éclat dans la roche. C’est la pierre dans sa perfection et avec ses imperfections.

C’est grâce à la matière que je médite. Ma première expérience de méditation, sans savoir même ce qu’était que méditer, c’était il y a plus de quinze ans, sur le dos d’un cheval. Sentir mon corps dans l’effort, comme celui du cheval entre mes jambes. Ecouter le rythme de son galop, sentir le vent sur ma peau, le souffle dans mes poumons. Voir la lumière du soleil, le bleu du ciel et sentir une branche fouetter mon visage.

Parce que méditer ce n’est pas s’asseoir et oublier son corps et son esprit. Méditer n’est pas abstrait.

Méditer c’est du 100% concret, sentir tout son corps qui respire, tout son corps qui est. C’est voir ses pensées, les observer, sans les laisser nous détourner de la matière. Rester dans notre corps, coûte que coûte.

Notre corps est matière, comme les plantes, l’eau, l’air. Il est traversé par une énergie qui lui donne la vie.

Plus on se connecte à la matière, plus on se connecte à la vie. Et alors, on cesse enfin de chercher le temps.

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